Pour Léo

Pour Léo

Classé dans : Non classé — 14 novembre, 2007 @ 7:52

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Voici la plus jolie photo que j’ai de Leo Thiers-Vidal, que j’aimais comme mon grand frère.
Je l’ai sortie de mes archives lorsque j’ai appris la terrible nouvelle hier.
Je vous la fais partager pour ne pas qu’on oublie trop vite son si gentil visage.

De lui je retiens surtout ce sourire infiniment tendre, ce regard direct et indulgent.

Je voudrais dire ici quel militant exceptionnel il était, quel ami il savait être et quel espoir son discours a pu donner aux femmes et aux filles.
Comment continuer sans lui?

Hélène Palma.

Deux autres photos m’ont été envoyées par Judith Ezekiel.

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11 novembre 2010

Ce soir, cette nuit, mon très cher Léo, il y aura trois ans que tu t’es tué. Non par misandrie, non par « haine de soi », comme l’affirment en l’absence de tout élément, quelques cyniques sans vergogne qui se réjouissent ouvertement de ta disparition.
Non, tu es mort, mon cher Léo, parce qu’on a piétiné ton enfance et que tu ne t’en es jamais remis.

Je n’aurais pas écrit ce petit texte, mon très cher Léo, si tu n’étais, de manière posthume, l’objet de commentaires particulièrement odieux et déplacés.
Il est nécessaire de répondre aux phallocrates jaloux et médiocres, qui te qualifient, toi, de « malheureux » et qui salissent ta mémoire.
Je veux rappeler ici quel garçon souriant et chaleureux tu étais, quel esprit vif et minutieux, et surtout quelle capacité tu avais à démonter froidement les mécanismes d’un patriarcat dont tu avais toi-même été la victime.
J’ai entendu des dizaines de fois, de ta bouche, le récit de ce que tu avais subi.

Aux pères, aux groupes de pères (divorcés le plus souvent) qui affirment sans savoir, voici donc, pour information, cet extrait qui explique tout l’engagement, toute la fragilité et la mort de Léo Thiers-Vidal:
« Sans rentrer dans une note trop biographique (…) il me semble important de donner des éléments de compréhension sur ma place sociale et comment celle-ci me semble avoir influencé ma prise de conscience des rapports d’oppression qu’exercent les hommes sur les femmes (…). Les violences psychologiques et physiques paternelles envers moi (dès ma petite enfance), (…) la violence et l’exploitation domestique et non-domestique de mon père vis-à-vis de ma mère ont eu des effets importants sur mon rapport à la masculinité et aux rapports hommes-femmes. Une solidarité instinctive avec ce que subissait ma mère au quotidien, ainsi qu’un rejet et une haine puissante envers mon père et ce qu’il représentait au niveau de la masculinité et de l’autorité, ont structuré un développement psycho-sexuel-affectif marginal : dès l’adolescence, l’incapacité de reprendre pleinement à mon compte les normes masculines (…) ainsi qu’un refus (ou échec) d’intégrer pleinement ‘la maison des hommes’ (Godelier), 1980) », Léo Thiers-Vidal, De L’Ennemi Principal aux principaux ennemis, position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination, Paris : l’Harmattan, 2010.

C’est le machisme qui tue tous les jours, comme l’a dit un jour Benoîte Groult. Et il arrive qu’il tue des hommes. Comme Léo.

Hélène.

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J’ai rencontré Léo à Gand
(témoignage d’Andrea de Jong, Moeders Tigen Incest/Mères contre l’Inceste, Gent/Gand, Belgique)

J’ai rencontré Léo…

Cette rencontre était comme lui, gentille, douce, elle faisait sourire…

Voici pourquoi, comment…

Depuis quelques temps nous étions en correspondance suite aux activités Mères en Lutte en France.

Un jour, au téléphone : Je suis Léo Vidal, je viens en Belgique le x. de ce mois, (c’était en été), peut-on se rencontrer ?

Moi : oui mais où ? Connais-tu quelque chose ici ?

Lui : Oui, oui, en fait je suis de Tielt, mais je suis allé sur Lyon pour mes études…

Nous convenons d’un lieu, la maison de thé en face de la clinique universitaire de Gand.

Au moment venu je m’installe devant une table et je commande un café, puisqu’il n’y avait personne encore.

Au bout d’un moment je vois entrer un beau jeune homme, un peu l’âge de mes fils, je me suis dit, ce n’est pas lui puisqu’il ne dit rien, donc moi non plus je ne dis rien.

Il passe commande (un spaghetti bolognaise), il repart avec son assiette et s’installe dehors.

De plus en plus je commençais à me dire que ce n’était pas lui, ou bien qu’il trouvait que j’étais moi-même une grand-mère qui ne pouvait pas savoir les choses dont on avait parlé au téléphone!

Toujours est-il que j’ai fait le premier pas et je lui dis, pardon êtes-vous Léo ? Il dit : oui…

Là, nous avons bu un autre café et nous avons parlé. Des mères, des difficultés qu’elles ont devant les tribunaux, des enfants qu’elle ne parvenaient pas à protéger…Je lui ai donné mes textes, qui à ce jour sont devenus un livre édité chez Desk.Nijverdal.nl à Nijverdal (Hollande) Le Crime Parfait, Inceste entre interprétation et réalité…en néerlandais.(De Perfecte Misdaad, Incest tussen Misvatting en Werkelijkheid). Je reconnais tout, disait Léo…C’est exactement pareil en France. Et lorsque nous nous sommes quittés et que je le voyais s’installer sur le siège arrière du bus, il avait déjà commencé à lire…il m’avait même promis de corriger le texte français, mais un peu plus tard il m’a fait savoir qu’il lui était devenu trop difficile de s’occuper de cette matière certes douloureuse, il faut bien le dire…J’ai donc respecté sa volonté..

Plus tard, nous avons ri souvent, sur l’ordinateur et lors d’une entrevue ou deux, en parlant d’un certain rendez-vous presque raté dans un tea-room à Gand…

Je regrette maintenant, lorsqu’il est revenu me voir un jour, que j’ai beaucoup parlé de nos travaux et sans doute pas assez de lui…Mais jamais je ne regretterai de l’avoir connu. Car jamais un homme n’a autant fait pour les mères et leurs enfants. Je souhaiterais tant que tous ses efforts continuent à produire les fruits qu’il escomptait tant.

Andréa De Jong

Mères contre l’Inceste

http://mti-online.be

 

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Au revoir Léo,

A peine à l’aube de l’automne,
cette heure néfaste de novembre,
Tu as déposé les armes tendres
D’une empathie immense

Tu étais trop fatigué sans doute,
Plus encore que les autres jours,
Tu as posé la tête sur l’ombre
Tranquillement, sans déranger.

Repose-toi mon jeune ami,
Derrière cette invisible porte,
Ton dernier souvenir l’emporte.

Pardonne-nous nos larmes,
Elles sont nos seules armes,
En souvenir de toi.

Andrea De Jong (Gent, Belgique).

——-

Léo, Lyon, automne 2001.

J’ai rencontré Léo à l’automne 2001 après avoir eu ses coordonnées par Martin Dufresne. J’avais entendu parler de l’association « Mères en Lutte » qu’il avait fondée un ou deux ans plus tôt pour venir en aide à des enfants victimes d’agressions sexuelles intra-familiales et à leurs mères.
Je savais son engagement féministe, pour la protection de l’enfance, contre les violences intra-familiales, contre les violences faites aux femmes, contre l’inceste et contre le lobby masculiniste.

Il m’intéressait pour tout cela.

J’ai d’abord longuement eu Léo au téléphone : il avait la voix gentille, calme et une pointe d’accent indéfinissable.
Je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé que c’était un accent espagnol.

Quelques semaines plus tard, j’attendais Léo sur la place Bellecour à Lyon, face à la statue équestre de Louis XIV.
Il était légèrement en retard et j’ai commencé à demander à des passants : « Etes-vous Léo Thiers-Vidal ? ».

Et puis il est arrivé. Il s’est de suite dirigé vers moi.

Il était à vélo, un vieux vélo bleu.

Il est descendu de bicyclette : j’ai regardé le gentil visage, les yeux bleus si doux, les cheveux aussi obstinément frisés que les miens, et j’ai reconnu sa voix avec cette pointe d’accent.
Je lui ai demandé d’où il venait : « Belgique, Flandres orientales, par mon père; France, Florac, par ma mère. J’ai grandi à Tielt près de Gand en Belgique. Vidal est le nom de ma mère. Thiers est le nom de mon père ».
J’ai alors compris que le petit accent n’était pas du tout espagnol mais flamand.
Le flamand : l’autre langue que parlait Léo.

Nous avons pris un café ensemble et avons discuté une bonne partie de l’après-midi.
Nous nous sommes revus très souvent et régulièrement ensuite, en différents endroits de Lyon : au café du Moulin Joli rue Puits Gaillot, au café Leffe place des Terreaux, dans un bar de la montée de la Grande Côte, devant l’Ecole Normale Supérieure LSH et aussi chez lui.

Nous avons échangé des bouquins, des idées, des paroles.

Nous avons entrepris et effectué plusieurs traductions
(voir http://sisyphe.org/article.php3?id_article=294,

http://sisyphe.org/article.php3?id_article=296).

Nous avons aussi écrit un article ensemble, sur la venue en 2003 en France d’un rapporteur de l’ONU, Juan Miguel Petit, alerté par l’augmentation de dossiers d’agressions sexuelles sur enfants non prises en compte par la justice (voir http://sisyphe.org/article.php3?id_article=1772).

Nous étions tous les deux doctorants : j’ai soutenu ma thèse en novembre 2004 et il était content. Il a soutenu la sienne en octobre 2007 et j’étais fière que son travail ait abouti.

Six ans ont passé depuis cette première rencontre, six ans pendant lesquels, comme tous ceux qui l’ont connu, je me suis attachée à lui au fil des conversations, des rencontres, des appels téléphoniques, des courriels.

Je lui disais souvent, parce que je le pensais sincèrement, qu’il était pour moi comme un frère. Un frère d’armes, un frère de coeur : celui que je m’étais choisi. Et lui souriait quand je disais cela, avec ce sourire qu’il avait fréquemment : à la fois très complice et très timide.

A présent Léo est parti, épuisé par les longues années qu’il a passées à militer, à défendre les victimes de violences familiales, à dénoncer ceux qui les musèlent, à lutter contre les injustices. Ces derniers temps, il ne souhaitait plus travailler sur ces thématiques dont il disait qu’elles le minaient.

Ses obsèques ont eu lieu vendredi 16 novembre 2007, exactement trois semaines après sa soutenance de thèse. Nous étions très nombreux à être venus le saluer une dernière fois.

Je garde, absolument intacts, tous ces merveilleux souvenirs :

la ville de Lyon le jour ; la ville de Lyon le soir; la fontaine Bartholdi de la place des Terreaux éclairée;

le sourire, le regard clair et la voix calme de Léo ;

son courage, sa générosité, son idéalisme et, envers et contre tout, son espoir de rendre le monde meilleur.

Le souvenir que nous gardons de lui et l’enthousiasme qu’il a transmis nous aideront à continuer ce qu’il avait commencé.

Hélène Palma

—-

15 décembre 2007,

tu aurais eu 37 ans aujourd’hui. Je ne pourrai plus jamais te souhaiter « bon anniversaire ». Mon ami.

Hélène.

—-

 

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